Mardi 3 juin 2008

Le 3 juin 2008,
Position : 45.47 N ; 4.24 O ; 11 H 35 UTC

Un bon vent de Nord-Ouest, variant de 15 à 20 noeuds, pousse Blue Wave de travers.
Belle performance, le bateau bourlingue à 6,5 ; 7 noeuds.
L'étrave pique du nez dans la plume, redresse la pointe vers le ciel encombré. Culbuté, emporté, emmené par les vagues, sous un ciel frais, humide.
Une mer certes agitée, mais parfaitement maniable. Quelques dauphins rieurs pointent un oeil curieux et disparaissent soudainement, dans des reptations véloces.
A cette allure, l'arrivée au port sera plus rapide que prévu...
135 milles restent à courir avant de distinguer dans le lointain, les tours de La Rochelle...
Ce retour trés attendu, devient une nécessité... Plus de pain, les réserves d'eau fondent à vue d'oeil... La dernière portion de viande vient d'être avalée.
Les marins accusent la fatigue et fantasment à la perspective de passer une longue nuit tranquille, bercés uniquement par le souvenir de la houle.
Fierté des marins de ramener le bateau dans les meilleures conditions.
Les rêves respirent le large. Le large a recueilli les rêves...
Demain sur le ponton 29... entre 13 H et .... 


par Joêl publié dans : Nouvelles du bateau
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Lundi 2 juin 2008

Le 2 juin 2008, 9 H 30 UTC
Position : 45.13 N ; 7. 58 O ; Cap : 75 
Du grand large, au milieu des cargos

Au moment où le soleil bascule dans les fonds insondables d'un océan gagné par  les ombres nocturnes, nous avalons notre soupe du soir. Nécessité de se réchauffer en se réconfortant l'estomac grâce à une boisson chaude...
Et observons une veille inquiète, particulièrement attentive.
Notre environnement se charge de menaces, de présences aux allures de géant.
Des trains de cargos profilent leurs masses impressionnnantes et filent droit devant, comme aveuglément...
Pendant que les uns descendent, les autres remontent. Se croisent et s'entrecroisent dans un ballet frénétique, où nous avons du mal à trouver notre place.
Nous louvoyons entre les murs gigantesques de 11 H, hier soir, à 4 H ce matin. Une certaine angoisse, lovée au creux du ventre, à vérifier en permanence, qu'aucune étrave, toute d'acier vêtue, ne s'approche trop près de notre frêle embarcation.  
Plusieurs cargos ont modifié leur route et changé de direction pour éviter le risque d'un choc.
Le vent faible, soufflant d'Ouest-Nord-Ouest, de 8 à 10 noeuds, a nécessité de mettre le moteur à intervalles réguliers. Plusieurs manoeuvres à la voile, avant de se rendre à l'évidence et d'enclencher le moteur, de nouveau. 
Jacky, navigue derrière nous à une distance de 18 milles...
Le petit matin gris nous a trouvé, frileux, marqués par une certaine lassitude.
Jean-Marie a préparé une bonne omelette aux lardons, histoire de réchauffer les marins engourdis.
Le temps se dégrade de nouveau... Les intempéries, ponctuées de vent fort et de pluie persistante, balayent le bateau.
Une arrivée prévue le 4 juin, mercredi prochain, en fin d'après-midi...


 

par Joêl publié dans : Nouvelles du bateau
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Lundi 2 juin 2008

Le 1er Juin 2008,
Position : 44.51 N ; 9.46 O ; 21 H 04 UTC
Au large de La Corogne

Sous un soleil au zénith, portés par un petit vent léger d'Ouest-Nord-Ouest, 10 noeuds, nous alternons voiles et moteur.
Le cap suivi actuellement, Cap 75, nous place directement dans une trajectoire sur La Rochelle.
365 milles encore à parcourir. Malgré l'impression de se rapprocher à chaque fois, un peu plus, un long trajet reste encore à effectuer.
Vigilance, prudence, regard aux aguets, sens en alerte...
 Nous sommes sur la route des cargos... 
Le principal point noir préoccupant, nous sommes en totale rupture de stock d'eau douce, provenant des vaches à eau...
Des fuites ont été constatées quasiment depuis le départ, sans que nous trouvions comment  pallier à cette défection...
Cette situation ne laisse guère d'alternative... Arrêt immédiat des ablutions... Oh, douche tant attendue au port !!...
Caresse voluptueuse de l'eau rebondissant sur nos corps fatigués...
Il ne reste à bord que le strict minimum, en bouteilles, pour cuisiner et boire. Nous n'avons pas d'autre choix... restriction... surveillance... contrôle drastique de la consommation...
Le volume de fuel diminue aussi... Nous venons de faire le plein, à l'instant. A l'issue de cette opération de transbordement, il ne reste que 4 bidons de 2O litres. Modération... circonspection...
En principe... Nous disons bien... en principe, ces maigres quantités restantes devraient suffire, à rentrer à bon port...
A l'heure du repas, Jean-marie, cordon bleu à ses heures perdues, a concocté des entrecôtes accompagnées d'une petite sauce au poivre. A inscrire dans les annales... Souvenir délectable...
La soirée sera cinéma... avant de traverser un rail bien connu ! Celui des cargos, remontant vers la Manche... 
Passage délicat, impliquant de notre part, une veille renforcée, toute la nuit.
Jacky, sur Lady Jo. a mis son spi pour essayer de nous rejoindre. Nos contacts VHF sont réguliers et permettent d'échanger informations et anecdotes...
Lundi matin, nous serons face à Gijon...
En attendant d'atteindre cette nouvelle position, une longue période de veille s'annonce...
A pied d'oeuvre, les yeux perçants l'obscurité,  nous restons à l'affût des lumières annonçant la présence des monstres métalliques, progressant inexorablement au coeur de la nuit froide, sombre... 


 

par Joêl publié dans : Nouvelles du bateau
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Dimanche 1 juin 2008

Le 30 Mai 2008, 17H30 UTC
Position : 43.27 N ; 15.46 O ; Cap : 70 ; Vitesse : 5 noeuds

Ah qu'il est doux de se laisser glisser dans un bon sommeil, semi réparateur !! 
Les vertus incomparables d'une sieste, sur une mer devenue clémente.
Le vent, changeant, a quitté la zone dédaigneusement. Nous laissant vidés et pantelants, à récupérer nos esprits sur le pont.
Nous poursuivons notre route au moteur, sur une mer, difficile à croire... quasiment plate...
Communication sur VHF, avec Lady Jo. Le skipper va bien, il progresse derrière nous et reprend des milles. Nous venons d'effectuer un point météo en commun. Nous devrions revenir sur La Rochelle, sans nous inquiéter outre mesure des dépressions.
Nous allons pouvoir les éviter avec facilité.
Nous marchons au près serré. Le vent, de secteur Nord, souffle tranquillement, sur une mer peu agitée.
637 milles avant d'accoster...

Le 31 Mai 2008, 14H45 UTC
Position : 44.02 N ; 13.30 O ; Cap : 72 ; Vitesse : 5.5 noeuds

La nuit vient de dérouler ses myriades de constellations.
Certes fraîche... Mais, aucune ondée perturbatrice...
Un petit vent de Nord-Nord-Ouest, 15 noeuds, pousse Blue Wave au bon plein. Le bateau gîte et avance à allure cadencée.
Dés ce matin, le soleil darde ses rayons revigorants et réchauffe avec bonheur nos corps engourdis, refroidis par la longue nuit...
Un cargo vient de croiser notre chemin. Il s'est dérouté pour passer à l'arrière.
A part, ce monstre métallique, sillonnant au large, rien à signaler. L'océan semble vidé de toute vie. Nous traversons un désert aquatique, donnant l'impression d'être seuls au monde... sensation étrange, oppressante...
Notre dernier point météo augure un reste de voyage paisible. Un vent favorable pour la suite de notre navigation, pas de dépressions menaçantes rôdant sur la zone, une longue éternité de beau temps...
Demain, dimanche, nous devrions nous positionner face à La Corogne,
vers 12 ou 13 H UTC.    

Le 31 Mai 2008, 18H13 UTC
Position : 44.12 N ; 12.48 O ; Cap : 73 ; Vent de NNO ; 13 noeuds de vent

Belle mer scintillante, miroitante des milles éclats du soleil. La navigation se poursuit au bon plein, travers. La journée, ponctuée de siestes, et de petites activités réalisées à allure modérée, permet d'envisager une nuit, presqu'en grande forme...
Nous profitons des ardeurs de l'astre solaire pour faire sécher nos nombreux effets malmenés par la pluie et copieusement arrosés par les embruns...
Avant d'affronter la nuit, promettant d'être froide... Brrr... de s'engoncer dans nos polaires, une petite soirée cinéma en perspective... depuis que la mer s'est calmée, nous devenons cinéphiles au long cours. Nous apprécions beaucoup ces parenthèses filmographiques...
Blue Wave se rapproche... toujours plus... 499 milles... encore à courir...
Demain, le vent risque de tomber, ce qui obligera à enclencher le moteur...
Au terme de ce périple océanique, une évidence s'impose. Le Gladiateur est incontestablement un excellent bateau, mais s'il fallait renouveler une expérience de navigation comme celle-ci, des modifications seraient à apporter, principalement au niveau du confort de vie... en mer...
Un des éléments indispensables à changer à l'avenir : la capote. L'actuelle n'est pas suffisante pour se protéger du froid et des intempéries, surtout la nuit...
Revenus à terre, d'autres constats seront à noter, des changements à apporter... 
Ce bateau a permis de vivre pleinement et intensément cette belle aventure, malgré quelques aléas techniques, plus ou moins incontournables en milieu marin, il s'est montré vraiment résistant... Fidèle compagnon pour assouvir cet appétit d'horizon... cette inoubliable évasion... 
 

par Joêl publié dans : Nouvelles du bateau
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Vendredi 30 mai 2008

Les 29, 30 Mai 2008,
Position : 43.13 N ; 16.4 O ; Cap : 70

Les dépressions font partie de notre quotidien depuis le départ d'Angra do Heroismo, sur l'île de Terceira. Qand l'une d'entre elles disparaît à l'horizon, une autre la talonne, ne laissent aucun répit au navigateur fatigué...
Notre deuxième dépression conséquente a sévi le 29, tout l'après-midi, ainsi qu'une partie de la nuit. Entraînant son lot habituel et morose de froidure, de vent fort, d'humidité pénétrante...
Un changement, depuis ce matin. Le vent est tombé, ne laissant d'autre choix que celui de progresser en s'aidant du moteur...
Ce retournement de situation permet d'avancer relativement à plat. Ouf, un peu de repos en perspective... Ca ne fait jamais de mal !!...
Le cap'tain est mal en point... Malade, toute la nuit ainsi qu'hier matin.
Qu'est-ce qui a provoqué ce mal ? Une intoxication alimentaire ? Le mal de mer ? La fatigue, le manque de sommeil ?...
Jean-Marie a opéré une savante prospective dans les boîtes pharmaceutiques et... Euréka... a trouvé les médicaments qui guérissent... Ce matin, l'oeil encore un peu chaviré, le pied hésitant, le Cap'tain retrouve un semblant d'appétit... signe incontestable d'un renouveau intérieur...
Blue Wave se situait, à 9H18 UTC, à 673 milles de La Rochelle.
Le bateau poursuit sa route entre vents et marées, culbuté par les intempéries...
Bientôt le Golfe de Gascogne...

 

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Mercredi 28 mai 2008

Les 27, 28 Mai 2008,
Position 41.24 N ; 21.06 O
Temps maussade, grains à perte de vue

L'océan roule. L'atmosphère reste imprégnée de fraîcheur, d'humidité constante, de vent puissant.
Depuis notre départ de l'archipel des Açores, nos deux bateaux circulent en louvoyant entre les grains. Depuis trois jours, nous jouons à cache à cache avec les nombreuses dépressions, en maraude dans le secteur.
A force de les narguer, d'espérer leur échapper, elles finissent par nous rattraper !!
Cette nuit vers 1 H, en plein coeur de l'obscurité, un vent de Sud-Ouest s'est levé, soufflant à 25 noeuds, accompagné de fortes rafales, ronflant entre 30 à 35 noeuds. Nous ferraillons plein vent arrière. Emporté par les pulsations désordonnées des vagues. Elles tournoient inlassablement autour de la coque, bondissent sur le pont dans des salves d'écume et gifles retentissantes.
Cette dépression ne présente pas un visage trop sévère, ni trop inquiétant.
Nous prenons juste la queue de celle-ci. Elle continue à souffler tout le long de la journée et s'éloigne progressivement.
Elle emporte, avec elle, un immense cortège de nuées sombres au large d'un horizon indéterminé. 
La nuit dernière, la pluie, en zébrant la nuit et cinglant nos oreilles, a copieusement arrosé Blue Wave et son équipage. Les gouttes ont martelé sans fin jusqu'aux premières lueurs de l'aube, nous laissant pâles, transis. 
De nouveau, il est impossible de dormir au milieu de ce chambardement infernal...
L'humidité ambiante, le sel imprègne tout sur son passage.
Ce matin, un changement perceptible, puisque le vent s'est orienté Ouest-Nord-Ouest.
Cette nouvelle position procure un relatif confort, une plus grande stabilité du bateau.
Le soleil réapparaît par intermittences, en clignotant, dévoilé par le cortège de nuages opaques, planant dans un ciel plombé.
Le passage de ces dépressions induit de nombreuses manoeuvres puisqu'il faut sans cesse ralentir ou relancer la machine.
Réduire la toile, quand le vent forcit... La déployer dans son entier, alors que le vent faiblit de nouveau...
Gestes orchestrés mécaniquement... au milieu d'une brume de fatigue.
Retrouver le pied marin nécessite un certain entraînement. L'équipage, quelque peu nauséeux, se traîne laborieusement, évoluant comme au ralenti.
Le manque de sommeil commence à peser sur nos épaules.
La nuit à venir devrait s'avérer plus calme. Cette pause permettra de souffler et de récupérer nos esprits.
Toutefois, la nuit du 29 risque d'apporter avec elle, une nouvelle dépression, filant sur l'arrière de notre trajectoire. C'est pour échapper à cette menace qui va se précisant d'heure en heure que Lady Jo. et nous-mêmes mettons les gaz plein pot.
Hier, dans la journée, Jean-Marie a fait une tentative de pêche qui s'est malheureusement soldée par un échec.
Cette activité se présentait, pourtant, sous les meilleurs auspices puisqu'il avait réussi à ferrer un magnifique specimen... Mais , nous n'avons jamais pu vérifier de quoi il s'agissait, le bas de ligne a cassé net. La mystérieuse créature sous-marine emportant avec elle, notre précieux matériel...
Un constat optimiste, au regard des bulletins météo interrogés régulièrement, nous bénéficierons de vent jusqu'au terme de notre route.
Malgré cette allure trés inconfortable, nous progressons à une vitesse plus qu'honorable. Hier, nous avons accompli une belle performance puisque nous avons parcouru 143 milles, durant notre journée de navigation. Autant, aujourd'hui ! 
Le bateau bourlingue à 7 noeuds.
Dimanche prochain, nous pensons arriver face à La Corogne. Peut-être une escale, rien n'est moins sûr ?...
De nouveau, nous nous rendons à l'évidence, nous constatons des fuites de la vache à eau tribord. Il s'avère impossible de réparer dans cette mer chahoteuse. 
En prévision d'une récidive du problème, nous avons accumulé beaucoup d'eau en bouteilles et n'angoissons pas outre mesure sur ce poste là.
Actuellement, il reste environ 892 milles à sillonner avant de toucher terre à La Rochelle.  

 

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Mercredi 28 mai 2008

Les 25... 26 Mai 2008,

Dernier jour à terre. Dernières sensations açoriennes. Ambiance remplie de bonnes vibrations. Le temps reste maussade, humide...
Ce dernier matin palpite, pourtant, de nombreuses radiations solaires. Nous filons vers le Mont Brazil, découvrir le paysage.  Embrasser d'un seul regard, de ses hauteurs abruptes, accidentées, un ensemble de contours, de collines, de vallées fertiles, frémissantes de couleurs. 
Après un repas de crabes (non, ils ne valent pas ceux de l'île d'Yeu !!), nous assistons à un spectacle de tauromachie, dans un petit village à trois kilomètres d'Angra.
Dans la soirée, en rentrant au port, après ces festivités locales, nous avons la surprise de trouver à couple de notre bateau, Stelenn 2, un concurrent de la Grande Traversée La Rochelle-Québec, en transit, pour une escale technique.
Evocation des traversées remplies de rebondissements de chacun des équipages réunis. Dans la soirée, briefing météo avec Lady Jo.
Demain, nous larguons les amarres, entamons l'ultime partie de ce parcours  ... au long cours.... que nous espérons plus calme, plus serein... que le précédent. 

Le 26 Mai, de l'océan
Position : 39.02 N ; 26.19 O

Soleil frais, mer crêtée de légers friselis d'un bleu intense foudroyant la rétine et donnant une furieuse envie d'aller de l'avant... Seuls au milieu de l'infini...
Une distance d'environ 1200 milles à courir devant l'étrave. Impatience de Blue Wave de s'affronter dans cette dernière partie de la route puis de rentrer pour se couler à sa place, dans le port, là-bas, à La Rochelle...
Un vent guilleret souffle de Nord-Ouest, discret, aux allures efficaces... 15 noeuds dans les voiles. Notre fringant voilier avance à 6 noeuds de moyenne.
Jacky, de nouveau, seul à bord, décide de ne pas se laisser distancer. Il cravache sa monture. Talonne la poupe de notre bateau. Nous communiquons via la VHF. 
Notre escale açorienne, d'une petite dizaine de jours, a permis de récupérer de bonnes plages de repos et de sommeil, de se sentir alertes pour entamer la suite de ce voyage.
Toutefois, ces étapes, au calme, dans les ports, étaient avant tout terriennes. Nous devons, de nouveau, s'accoutumer au roulis, mouvements permanents, tangage, danse lancinante du bateau sur les flots tumultueux... 

 

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Dimanche 25 mai 2008

Les 23, 24 Mai 2008
Position : Sur l'île de Terceira : 38.73° N ; 27.32° O

Après une navigation au moteur, nous arrivons en fin d'après-midi, vers 17H30 sur l'île de Terceira, dans le port de la petite ville d'Angra do Heroïsmo. Située à environ 80 milles de l'île de Faial, que nous avons laissée derrrière nous, avec une pointe de nostalgie.
Durant ce parcours, nous ne croisons ni dauphins, ni baleines, ni bateaux de pêche... Quelques cargos solitaires, croisant au large, dans le clair-obscur du petit matin...
Le vent, absent, toute la journée, se manifeste au moment, où nous entrons dans le port, rendant les manoeuvres laborieuses. L'entrée n'est pas aisée, un ressac violent s'y engouffre, perturbant l'approche.
Le port ne possède pas ce charme qui nous a tant séduit à Horta. 
Peu de passage, de rencontres, d'animation...
Toutefois, les installations sanitaires sont royales, le moindre chrome étincelle, le carrelage rutile de propreté.
Les responsables de la marina, à l'instar de tous les portugais rencontrés jusqu'alors, manifestent auprès des marins de passage d'une vraie gentillesse, d'un sens de l'accueil, de la convivialité avec lesquels nous n'étions pas franchement habitués aux Antilles.  
La visite de la ville surprend, enchante notre sens de l'esthétique. A chaque détour de rues, de ruelles, de places, les monuments, les maisons dévoilent leur beauté. Angra do Heroïsmo, capitale historique des Açores est classée au patrimoine mondial de L'UNESCO, particulièrement en raison de son architecture des 16ème et 17ème siècles. 
 Après avoir visité cette vaste agglomération, nous prévoyons une découverte des terres, dés demain.
Pour l'occasion, nous louons un taxi, afin d'assister à un spectacle insolite de tauromachie, vivement conseillé par les autochtones.
D'une superficie de 396 km2, Terceira est considérée comme étant la troisième île de l'archipel, concentrant la partie la plus importante de la population des Açores.
De forme elliptique, elle mesure 29 km de long pour 18 km de large. Comme les autres îles, elle se caractérise par la présence de nombreux rochers volcaniques, ainsi que de  strato-volcans, en sommeil.
Rudes et rocheuses, ses côtes plongent dans le bouillonnement océanique, son centre, étant constitué d'un ensemble hétéroclites de collines et de petits lacs vert émeraude, issus de l'activité volcanique.
Etant donné la configuration accidentée de ce paysage, la population habite essentiellement sur le pourtour de l'île.
Nous venons de déjeuner, en front de mer, de délicieuses spécialités de poissons, présentées avec art et raffinement... Accompagnées d'un petit vin blanc sec, plein de vigueur...
La gastronomie, en ces lieux associent aussi bien les produits de la mer, que la viande résultant de l'élevage, sur les verts pâturages ...La dégustation des pouces-pieds, des berniques et des crabes agémentés à la mode açorienne vaut le détour. On y sert un excellent ragoût de poulpe ainsi que de l'acatra, qui est une autre sorte de ragoût servi avec de la viande de boeuf...
Ces nourritures ne seraient rien, sans se délecter au cours du repas, du Verdelho dos Biscoitos, un vin dont les grappes mûrissent sur la roche basaltique...
En prévision du départ, nous avons rempli nos paniers au marché local. Une merveille de fruits et légumes frais, foisonnants, pimpants, gourmands.
Les pleins viennent d'être faits... Les équipets de nouveau débordantes de denrées nombreuses et variées... Le radar, révisé... Il ne s'agissait que d'une petite vis qui méritait d'être stabilisée.
Un départ présumé, pour le lundi 26 Mai, vers 10 H, le matin.
En consultant les bulletins météo, nous visualisons les dépressions que nous allons croiser en chemin...
Nous bénéficierons d'un vent de Nord-Nord-Ouest. Ainsi la navigation s'organisera au portant. La présence des dépressions (que nous espérons modérées), va nous pousser vers notre ultime destination...  






















 

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Vendredi 23 mai 2008

Les 19, 20, 21, 22 Mai 2008
Position : sur une île à la grâce farouche, Faial

Les marins bien à l'abri d'une île tranquille, où se côtoient de nombreux équipages, récupèrent doucement de leurs récentes aventures maritimes, tout en restant actifs... Il faut bien préparer la seconde partie de cette traversée ! Il reste un bon bout de chemin à parcourir... Environ 1200 milles avant de rallier La Rochelle.
Quelques bonnes siestes ponctuent les journées et permet d'y voir plus clair dans l'organisation des prochains préparatifs de départ.
Les vaches à eau, minutieusement inspectées, paraissent opérationnelles pour cette deuxième partie du voyage. Il s'avère qu'elles n'ont pas cédé sous le poids des chocs répétés des vagues. Il semblerait que les bouchons au contact des frottements, mouvements et frictions continus aient fini par se desserrer et déverser par voie de conséquence leur précieux contenu. Il faudra faire le nécessaire avant la future traversée, donc visser à bloc, afin d'éviter la répétition d'un scénario identique...
Un grand ménage s'impose. Nous oeuvrons tels deux fourmis besogneuses.
Une escalade dans le mât est prévue afin de vérifier le radar (toujours des signes de faiblesse) et graisser les coulisseaux de la Grand Voile. Le sel s'insinue dans les moindres interstices. De nombreux postes techniques restent à réviser...
Nous venons de terminer les pleins de gasoil... Jacky, l'aide mécanicien... vient prêter main forte pour une opération de vidange, devenue nécessaire... 
Jean-Marie prend ses "quartiers" d'escale dans la couchette avant. Ainsi, nous bénéficions chacun d'une enclave plus intime au sein du bateau. Pendant la traversée, nous dormions alternativement dans les deux couchettes de mer du carré, munies de leur toile anti-roulis...
Avant de quitter les co-équipiers de Jacky, qui partent mercredi 21, à Lisbonne, nous en profitons pour louer un taxi et faire le tour de Faial, bras dessus-bras dessous.
Cette île sauvage insolite, aux longues falaises abruptes, au paysage farouche, bénéficiant d'un sol richement cultivé, recèle un charme fou.
Une météo mitigée contrarie notre humeur...Un temps terne, maussage, entre crachin typiquement breton et brumes enveloppantes ! N'oublions pas que c'est ici que se forment les fameuses "dépressions centrées sur les Açores"...
Les nuits fraîches incitent à se couvrir. On se blottit frileusement dans son duvet chaud, tellement douillet.
Le cap'tain ressent quelques douleurs lancinantes dans le dos. Il impute ce mal être à l'humidité ambiante... Il regrette pour un temps, la chaleur, le soleil des Antilles... 
Mais, ici, la chaleur est ailleurs...
Les habitants de l'île sont d'une gentillesse qui nous va droit au coeur... Ils sont prêts, en permanence, à rendre service. Leur sourire accordé à la musicalité du parler portugais font oublier la grisaille ambiante.
Hier, dans un village, une petite mamie trés âgée, a parcouru plus d'un kilomètre pour nous montrer un restaurant où l'on mange au kilo, comme au Brésil...
L'endroit bon marché, offrant une nourriture saine et copieuse, nous en faisons rapidement notre cantine...
Toutefois, malgré de nombreuses explorations, nous ne trouvons pas tous les accessoires dont nous avons besoin pour poursuivre notre "longue route"... 
Nous cherchons et passons au crible tous les magasins et boutiques pour trouver une bouilloire... Sans succès... Aucune mamie obligeante pour brandir l'ustensile tant convoité, à bout de bras...
Des rencontres et retrouvailles inattendues dans le port, notamment certains compagnons de navigation de la Mini-Transat, rentrant au bercail... comme nous.
"Esprit d'équipe", entre autres, revient d'un périple à Ushuaia...
Nous correspondons à distance avec plusieurs équipages amis effectuant de leur côté, la Grande Traversée, La Rochelle-Québec.
La flottille fait escale, de son côté, sur l'île de Sao Miguel, dans le port de Ponta Delgada...
C'est dommage, nous ne pourrons ménager une rencontre... Finalement, nous ne sommes pas si loin les uns des autres... 150 tous petits milles, nous séparent...
Mais le temps est compté... 
Les navires de la Grande Traversée repartent des Açores, vaillamment, le 23 mai vers le Canada. Avant de remonter dans l'Atlantique Nord, nos trajectoires vont se croiser... Peut-être apercevrons-nous dans le lointain, quelques coques, quelques voiles tendues vers le grand large, pour vivre cette fabuleuse aventure du voyage vers Québec. Nous ne ferons que les suivre par la pensée... Pensées émues...
Après La visite de Faial, nous décidons d'aller en duo, toujours en compagnie de Lady Jo., visiter l'île de Terceira. Celle-ci, peu lointaine, se situe dans le groupe central des îles açoriennes, sa plus proche voisine étant l'île de Sao Jorge. 
Nous larguons les amarres, vendredi, à 4 heures du matin pour la rejoindre dans la journée...

 
 

  

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Lundi 19 mai 2008

Les 17, 18 Mai 2008
Position : une île au milieu de l'Atlantique

Enfin, oui, c'est bien vrai... nous avons rallié la terre !! La terre ferme. Quel soulagement immense, après ces trépidations maritimes éprouvantes...
Blue Wave oscille tranquillement, en plein coeur de l'effervescence du port d'Horta, sur la charmante petite île de Faial.
Accostage attendue avec une impatience grandissante après un vendredi et une nuit ventée, agitée. Ce dernier soufflant avec vigueur de Nord-Nord-Ouest, entre 15, 20 noeuds et quelques pointes à 25... Nous avons effectué les derniers milles au moteur, en effet, nous étions déventés à cause de la présence des îles et de leurs pics volcaniques.
Nous décompressons, actuellement, dans ce trés bel archipel des Açores, perdu au milieu de l'Atlantique Nord. Ce groupe d'îles portugaises se situe en plein centre de l'Océan Atlantique à environ 760 milles de l'Europe. 
Cet archipel se trouve quasiment à la même latitude que Lisbonne : 39°43'/39°55'.
Certains y voient même les vestiges de l'Atlantide !
Cet archipel regroupe neuf îles d'origine volcanique, bénéficiant d'un climat océanique, trés humide.
Faial, notre île de prédilection, est considérée comme la pointe la plus extrême de l'Europe. Elle doit son nom à la présence de nombreux hêtres - faial en portugais. Mais elle est connue, également, sous le doux nom d'Ilha Azul, l'île bleue, en raison du foisonnement des hortensias, fleurissant en été.
Ce petit bout de terre représente un véritable concentré de toutes les formations volcaniques que l'on rencontre dans l'archipel.
Elle occupe une surface de 173 km2 et possède une forme pentagonale avec une longueur de 21 kms pour une largeur de 14 kms.
La Caldeira, le volcan maintenant éteint, à l'origine de l'île, domine le paysage de sa masse imposante. On y a, (on ira vérifier), une vue spectaculaire sur les îles voisines entre autres, Pico, située à 6 kms à l'est et Sao Jorge.
C'est en 1957 et 1958 qu'eurent lieu les terribles éruptions volcaniques du Volcao de Capelinhos. De cette catastrophe géologique, subsiste aujourd'hui, un paysage lunaire  composé de montagnes de cendres.
Au large de l'île, une vingtaine d'espèces de cétacés, dauphins, cachalots, baleines,  globicéphales habitent les eaux açoriennes...
Le port d'Horta figure une escale incontournable pour les marins, de tous les horizons, effectuant une traversée de l'Atlantique.
Ici, se côtoient, se mélangent, des bateaux, des équipages, des histoires étranges, fascinantes, toujours palpitantes...  
Sur la jetée, les dalles de béton sont couvertes d'un patchwork de peintures, de graffitis, reproduisant d'innombrables tranches de vie, des témoignages à la manière d'ex-voto peints.
Les dessins sont si nombreux qu'ils débordent du port vers la ville.
Les portugais possèdent un vrai sens de l'accueil et donnent à chacun des marins arrivant au port l'impression d'être le bienvenu...
Après les formalités d'usage...Dans le calme et la sérénité retrouvés, nous décompressons, tout en douceur...
En débutant la vie à terre... par une douche... "Le plaisir sans pareil", d'une eau chaude coulant sur nos corps endoloris, après 19 jours de mer, sans véritables ablutions... 
En poursuivant... par une sieste... "Le plaisir sans pareil" de plonger, dans le creux d'un sommeil insondable... sans la pression d'être réveillés en sursaut, poussés par l'urgence d'une manoeuvre en plein coeur d'une dépression...
En continuant... par un petit gueuleton... les équipets se vident... "Le plaisir sans pareil" d'acheter local... de manger sereinement sans avoir peur que tout bascule, emporté par un grand coup de roulis...
A ce sujet, un incident malheureux est à déplorer... Il y a cinq jours environ, en tendant à Jean-Marie, un bol de soupe bouillante, j'ai perdu l'équilibre, le bol a basculé sur les pieds de mon co-équipier. Le liquide brûlant s'est répandu sur ses chaussures. En voulant vérifier l'état des blessures, notre stupéfaction est à son comble quand on constate que de vilaines cloques se forment sur ses doigts de pied. Je me précipite dans les équipets où sont rangées les boîtes à pharmacie et en extrait celle portant la mention "brûlures".
Je m'empresse de passer crème, pommade et de protéger le tout par des compresses appropriées.
La cicatrisation s'opère doucement. Les déplacements restent malgré tout, douloureux...
A petits pas, donc, nous prenons possession des lieux... Peu après notre arrivée, nous sommes allés manger dans le mythique bar "Chez Peter" au Café Sport... Véritable institution depuis trois générations. Tous les marins du monde y faisant escale peuvent y changer de l'argent, poster du courrier, recevoir des messages, échanger au gré des  conversations.
Le lieu abrite de nombreuses cartes marines, une quantité impressionnante de souvenirs de voyage , des portraits de grands navigateurs. A l'étage, on peut y admirer une collection de dents de cachalots (scrimshaws) gravées et sculptées.
Au petit matin, dans la nuit du 17 mai, un bruit lancinant de moteur, trouble la quiétude ambiante... Un pressentiment... C'est Lady Jo. qui après son premier périple, rejoint la terre ferme à son tour...  Retrouvailles sur les pontons en plein coeur de l'obscurité. Nous sommes heureux de les savoir à bon port, positionnés face à nous, de l'autre côté du ponton... Eux aussi, manifestent un vif soulagement à l'idée d'être arrivés...
Ce matin, le réveil est vraiment dur... Courbatures, mal au dos... Il semble que cela soit dû au contre-coup de la fatigue accumulée. Nos corps sont perclus de douleurs lancinantes, insidieuses qui vont, en tout cas, nous l'espérons, diminuer dans les jours qui viennent... 
Cette nouvelle escale promet d'être active... Nous débutons, malgré les élancements, par un grand nettoyage intérieur et extérieur... Blue Wave en ressent un besoin urgent, flagrant...
Il faudra également consacrer du temps aux réparations, plus particulièrement à la réfection des vaches à eau... à la détection des fuites... à la remise en état de la porte de communication entre le carré et les sanitaires...
Plus tard, nous nous retrouvons tous chez Peter pour un sympathique apéro de retrouvailles sur terre, suivi d'un repas reconstituant, plein de chaleur... marqué par le récit et les souvenirs des dernières aventures survenues en mer...

 

par Joêl publié dans : Nouvelles du bateau
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