Jeudi 15 mai 2008

Les 13, 14 Mai 2008
Position à 17H30 UTC : 36.29 N ; 35.10 O. Cap 70 °.

La route se poursuit, accompagnée d'un coktail de vent et de pluie. Roulis perpétuel, épuisant, humidité constante qu'on soit à l'extérieur ou à l'intérieur. Rien ne sèche !!  
Malgré ces aléas, il faut bien l'avouer, propres à l'océan... nous faisons un bon cap, toujours en direction de l'île de Faial. Il reste 335 milles à courir devant l'étrave.
Le GPS prévoit une arrivée dans la nuit de vendredi à samedi.
Accosterons-nous dans le port, en plein coeur de l'obscurité ?... Nous verrons, l'heure à laquelle, nous apercevrons la terre.
Nous bénéficions, actuellement, d'un bon vent d'Ouest d'environ 15 noeuds. Et avançons à 5, 6 noeuds sous génois seul. Nous avons préféré enlever la Grand Voile pour éviter de rouler exagérément. En effet, nous sommes plein vent arrière.
Nous tirons de grands bords de largue de tribord à bâbord et venons juste de bénéficier de la bascule d'Ouest. Position idéale pour filer en direct sur Horta.
Mais, il est fort possible que l'on finisse au moteur jeudi et vendredi prochains, car la consultation attentive des fichiers météo, nous signale la disparition du vent sur notre route. L'élément rassurant est qu'aucune autre dépression n'est annoncée... Ouf !!...
Depuis le passage de cette deuxième dépression, perturbatrice, au point que le soleil n'est pas réapparu, le paysage hésite entre le gris métallisé, le vert sombre tirant sur le noir, le noir en fusion !!... L'ensemble dégage une impression d'abandon total, de morosité absolue...
Parmi les évènements survenus à bord, plusieurs frissons et véritables angoisses rétrospectives.  
Notre deuxième vache à eau (rappelons que la première a éclaté au début de la traversée) fuit abondamment. Pour finir, notre périple, il reste dans les soutes 24 bouteilles d'eau de source. Cela devrait suffire...
Le pain et la viande sous vide ne restent plus que de bons souvenirs.
Nous allons donc goûter aux charmes de la nourriture en conserve au moins jusqu'à samedi prochain.
Nous avons bien vécu, malgré tout, car nous avions prévu en quantité suffisante.
Mais, de nouvelles aventures malencontreuses ont créé un climat de tension extrême.
Vers 23 H, la nuit dernière, alors que Jean-Marie effectuait son quart, un choc sourd, mou, percute violemment le bateau, qui se couche sur le flanc, sous l'impact.
Nous avons tout de suite compris qu'il s'agissait d'une baleine. Cette immense créature devait dormir entre deux eaux, et n'a pas détecté notre présence... 
Immédiatement, nous avons pensé à un trou, une voie d'eau... Nous avons imaginé le pire, le safran brisé, arraché, réduits en morceaux...!!
Après un tour d'horizon attentif et de nombreuses vérifications, nous ne détectons aucune anomalie, ni dommage préjudiciable pour la suite du voyage. Rassurés, nous louons la solidité de ce vaillant Gladiateur...  
La même nuit, plus tard, alors que je veille sur le pont, vers 2 H du matin... Une vague énorme, puissante, surgie de nulle part, submerge le bateau avec une violence inouïe. Blue Wave se couche de nouveau sur le flanc...
Je suis projeté contre un des cagnards, dans ce terrible coup de gîte... Heureusement que mon harnais était bien crocheté... Je n'ai pas été projeté à l'extérieur du bateau. Toutefois, mon gilet gonflable automatique s'est déclenché et ouvert sous le déluge d'eau qui s'est abattu sur moi, tel un torrent glacial... je me suis retrouvé, dans une position douloureuse, comprimé par le gilet au point que j'avais l'impression d'étouffer...
Jean-Marie est arrivé à la rescousse et m'a sorti de ce mauvais pas.
Face à ce genre de situation, on a vraiment hâte d'arriver...
La fatigue pèse sur nos épaules. Nous dormons, par petites tranches de deux, trois heures durant la journée... Effectuons des quarts de quatre heures, la nuit... dont on a l'impression qu'ils s'éternisent... dans une attente monotone... monochrome, à l'identique de la couleur de l'océan...  
Nous savons déjà, qu'avant d'entreprendre la fin de notre périple... des travaux, réfections, remises en état seront à l'ordre du jour, sous le soleil d'Horta...
En attendant, de fouler le sol du pied, nous filons... bousculés par les lames... entraînés par les flots chaotiques...

par Joêl publié dans : Nouvelles du bateau
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