Samedi 10 mai 2008

Les 8, 9, 10 Mai 2008,
Position à 18 H UTC : 32.56.581 N ; 45.29.065 W

La navigation, ces derniers jours, reste difficile, laborieuse. Comme prévu, nous avons essuyé la fameuse dépression, annoncée par les bulletins météo. Nous avons subi, de plein fouet ces assauts répétés de 5 H du matin à 15 H l'après-midi (le 8 mai).
Celle-ci que nous avions estimée sinon inconséquente, du moins juste un peu échevelée, s'est révélée plus impétueuse que prévu. Elle a croisé notre route et fondu sur nous de manière impitoyable.
Jacky, à bord de son Lady Jo. nous avait fait parvenir un mail quelques heures auparavant, en nous prévenant de nous méfier et de tout préparer à bord en prévision de cette offensive, en utilisant les termes suivants : "ça va barder ; la guerre va éclater". Voilà... Nous savions à quoi nous en tenir !!... Et l'attendions avec un pincement au coeur !
Nous avons pris, in extremis, trois ris dans la Grand Voile, installé la trinquette sur l'avant du bateau.
Le ciel s'est couvert de gros cumulus noirs, oppressants. Le temps change complètement de tournure.
  La dépression ne se fait pas attendre. Des rafales soufflant de 40 à 45 noeuds prennent Blue Wave d'assaut. La pluie se déchaîne sur le pont, s'emmêle avec les embruns dans des tourmentes de vent.
Au coeur de la dépression, impressionnés par la violence des éléments et pour restaurer une certaine stabilité à bord, nous finissons par affaler la Grand Voile afin de poursuivre notre route sous trinquette seule.
Vers 14 H, nous virons plein nord, avec la ferme intention de nous éloigner de ces bourrasques coléreuses, de cette furie ambiante et surtout épuisante, éprouvante...
La mer reste forte, le pilote automatique ne résiste pas à ce traîtement, il ne tient plus la cadence. Nous nous attelons donc au régime de quart et quart et barrons alternativement.
Il est quasiment impossible de trouver le sommeil au milieu de ce paysage irascible...Et, de s'alimenter correctement. Nous prenons du stilnox pour pouvoir plonger dans de petites plages de sommeil réparatrices. Léger somnifère possédant la vertu de nous assommer pour quelques petites heures et de pouvoir résister ensuite le temps du quart sur le pont... 
Nous avons retrouvé, plus loin, un espace épargné par les intempéries. Nous sortons de cette épreuve, vidés, exténués... Perclus de courbatures multiples. Comme assommés de fatigue...
Beaucoup de dépressions se suivent sur la route maritime que nous empruntons, pour ce retour. D'où la nécessité de se tenir informés de l'évolution de la météo, à intervalles réguliers. Nous interceptons les bulletins au moins deux fois par jour.
Le vent s'étant calmé, nous récupérons doucement. Le soleil, ce matin, fait une timide apparition, réchauffant nos muscles endoloris. 
Nous avons adopté un rythme de quart de
4 H environ. Jean-Marie reste à pied d'oeuvre de 20 H à minuit. Ensuite, c'est moi qui prends la relève jusqu'à 4 H du matin. Puis, je dors jusqu'à 6 H. Programme commun de petit déjeuner et on essaie d'adopter un rythme de 2 H au fur et à mesure du déroulement de la journée...
Belle progression et performance en vitesse. Les milles s'additionnent les uns aux autres. Actuellement, nous nous maintenons à 6 noeuds de moyenne. Et faisons route directement sur Horta en suivant le Cap 50 °. Il reste 886 milles à parcourir. Une arrivée probable, vendredi ou samedi prochain, sur la terre ferme !!  
En attendant de poser pied sur terre, nous ferraillons plein vent arrière. Position inconfortable, harassante !!
L'impression d'être seuls au monde, perdus au milieu de nulle part... Sur notre route, nous ne croisons aucun bateau, il n'y a pas âme qui vive depuis plusieurs jours. Lady Jo. progresse derrière nous, il se situe à environ 120 milles. Il suit la même route que la nôtre. Tout va bien à bord.
Demain, le 11 mai, une nouvelle dépression sévit au détour du chemin. Nous allons la croiser. Selon, nos estimations, elle serait moins virulente que la précédente... Un certain scepticisme, malgré tout... Il n'y a plus que quelques heures à attendre avant de la rencontrer. Ensuite, "normalement" le beau temps nous accompagnera jusqu'à Horta.
L'arrivée sera la bienvenue... attendue, espérée... pour récupérer ces esprits...
Et trouver, enfin, le repos... Après ces nombreuses agitations, turbulences en continu !!
La mer est tellement agitée que le bruit autour de nous paraît effrayant. Les vagues cognent et culbutent en permanence sur la coque et sur le pont. Nous allons reprendre des ris dans la Grand-Voile pour cette nuit... Essayer de trouver le sommeil... Pour l'instant, nous sommes accompagnés par un soleil pimpant, revigorant... Il faut se couvrir la nuit de chaudes polaires... Le contraste est vraiment saisissant  avec la chaleur que nous avons connue aux Antilles... 

 
par Joêl publié dans : Nouvelles du bateau
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