Dimanche 25 mai 2008

Les 23, 24 Mai 2008
Position : Sur l'île de Terceira : 38.73° N ; 27.32° O

Après une navigation au moteur, nous arrivons en fin d'après-midi, vers 17H30 sur l'île de Terceira, dans le port de la petite ville d'Angra do Heroïsmo. Située à environ 80 milles de l'île de Faial, que nous avons laissée derrrière nous, avec une pointe de nostalgie.
Durant ce parcours, nous ne croisons ni dauphins, ni baleines, ni bateaux de pêche... Quelques cargos solitaires, croisant au large, dans le clair-obscur du petit matin...
Le vent, absent, toute la journée, se manifeste au moment, où nous entrons dans le port, rendant les manoeuvres laborieuses. L'entrée n'est pas aisée, un ressac violent s'y engouffre, perturbant l'approche.
Le port ne possède pas ce charme qui nous a tant séduit à Horta. 
Peu de passage, de rencontres, d'animation...
Toutefois, les installations sanitaires sont royales, le moindre chrome étincelle, le carrelage rutile de propreté.
Les responsables de la marina, à l'instar de tous les portugais rencontrés jusqu'alors, manifestent auprès des marins de passage d'une vraie gentillesse, d'un sens de l'accueil, de la convivialité avec lesquels nous n'étions pas franchement habitués aux Antilles.  
La visite de la ville surprend, enchante notre sens de l'esthétique. A chaque détour de rues, de ruelles, de places, les monuments, les maisons dévoilent leur beauté. Angra do Heroïsmo, capitale historique des Açores est classée au patrimoine mondial de L'UNESCO, particulièrement en raison de son architecture des 16ème et 17ème siècles. 
 Après avoir visité cette vaste agglomération, nous prévoyons une découverte des terres, dés demain.
Pour l'occasion, nous louons un taxi, afin d'assister à un spectacle insolite de tauromachie, vivement conseillé par les autochtones.
D'une superficie de 396 km2, Terceira est considérée comme étant la troisième île de l'archipel, concentrant la partie la plus importante de la population des Açores.
De forme elliptique, elle mesure 29 km de long pour 18 km de large. Comme les autres îles, elle se caractérise par la présence de nombreux rochers volcaniques, ainsi que de  strato-volcans, en sommeil.
Rudes et rocheuses, ses côtes plongent dans le bouillonnement océanique, son centre, étant constitué d'un ensemble hétéroclites de collines et de petits lacs vert émeraude, issus de l'activité volcanique.
Etant donné la configuration accidentée de ce paysage, la population habite essentiellement sur le pourtour de l'île.
Nous venons de déjeuner, en front de mer, de délicieuses spécialités de poissons, présentées avec art et raffinement... Accompagnées d'un petit vin blanc sec, plein de vigueur...
La gastronomie, en ces lieux associent aussi bien les produits de la mer, que la viande résultant de l'élevage, sur les verts pâturages ...La dégustation des pouces-pieds, des berniques et des crabes agémentés à la mode açorienne vaut le détour. On y sert un excellent ragoût de poulpe ainsi que de l'acatra, qui est une autre sorte de ragoût servi avec de la viande de boeuf...
Ces nourritures ne seraient rien, sans se délecter au cours du repas, du Verdelho dos Biscoitos, un vin dont les grappes mûrissent sur la roche basaltique...
En prévision du départ, nous avons rempli nos paniers au marché local. Une merveille de fruits et légumes frais, foisonnants, pimpants, gourmands.
Les pleins viennent d'être faits... Les équipets de nouveau débordantes de denrées nombreuses et variées... Le radar, révisé... Il ne s'agissait que d'une petite vis qui méritait d'être stabilisée.
Un départ présumé, pour le lundi 26 Mai, vers 10 H, le matin.
En consultant les bulletins météo, nous visualisons les dépressions que nous allons croiser en chemin...
Nous bénéficierons d'un vent de Nord-Nord-Ouest. Ainsi la navigation s'organisera au portant. La présence des dépressions (que nous espérons modérées), va nous pousser vers notre ultime destination...  






















 

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Vendredi 23 mai 2008

Les 19, 20, 21, 22 Mai 2008
Position : sur une île à la grâce farouche, Faial

Les marins bien à l'abri d'une île tranquille, où se côtoient de nombreux équipages, récupèrent doucement de leurs récentes aventures maritimes, tout en restant actifs... Il faut bien préparer la seconde partie de cette traversée ! Il reste un bon bout de chemin à parcourir... Environ 1200 milles avant de rallier La Rochelle.
Quelques bonnes siestes ponctuent les journées et permet d'y voir plus clair dans l'organisation des prochains préparatifs de départ.
Les vaches à eau, minutieusement inspectées, paraissent opérationnelles pour cette deuxième partie du voyage. Il s'avère qu'elles n'ont pas cédé sous le poids des chocs répétés des vagues. Il semblerait que les bouchons au contact des frottements, mouvements et frictions continus aient fini par se desserrer et déverser par voie de conséquence leur précieux contenu. Il faudra faire le nécessaire avant la future traversée, donc visser à bloc, afin d'éviter la répétition d'un scénario identique...
Un grand ménage s'impose. Nous oeuvrons tels deux fourmis besogneuses.
Une escalade dans le mât est prévue afin de vérifier le radar (toujours des signes de faiblesse) et graisser les coulisseaux de la Grand Voile. Le sel s'insinue dans les moindres interstices. De nombreux postes techniques restent à réviser...
Nous venons de terminer les pleins de gasoil... Jacky, l'aide mécanicien... vient prêter main forte pour une opération de vidange, devenue nécessaire... 
Jean-Marie prend ses "quartiers" d'escale dans la couchette avant. Ainsi, nous bénéficions chacun d'une enclave plus intime au sein du bateau. Pendant la traversée, nous dormions alternativement dans les deux couchettes de mer du carré, munies de leur toile anti-roulis...
Avant de quitter les co-équipiers de Jacky, qui partent mercredi 21, à Lisbonne, nous en profitons pour louer un taxi et faire le tour de Faial, bras dessus-bras dessous.
Cette île sauvage insolite, aux longues falaises abruptes, au paysage farouche, bénéficiant d'un sol richement cultivé, recèle un charme fou.
Une météo mitigée contrarie notre humeur...Un temps terne, maussage, entre crachin typiquement breton et brumes enveloppantes ! N'oublions pas que c'est ici que se forment les fameuses "dépressions centrées sur les Açores"...
Les nuits fraîches incitent à se couvrir. On se blottit frileusement dans son duvet chaud, tellement douillet.
Le cap'tain ressent quelques douleurs lancinantes dans le dos. Il impute ce mal être à l'humidité ambiante... Il regrette pour un temps, la chaleur, le soleil des Antilles... 
Mais, ici, la chaleur est ailleurs...
Les habitants de l'île sont d'une gentillesse qui nous va droit au coeur... Ils sont prêts, en permanence, à rendre service. Leur sourire accordé à la musicalité du parler portugais font oublier la grisaille ambiante.
Hier, dans un village, une petite mamie trés âgée, a parcouru plus d'un kilomètre pour nous montrer un restaurant où l'on mange au kilo, comme au Brésil...
L'endroit bon marché, offrant une nourriture saine et copieuse, nous en faisons rapidement notre cantine...
Toutefois, malgré de nombreuses explorations, nous ne trouvons pas tous les accessoires dont nous avons besoin pour poursuivre notre "longue route"... 
Nous cherchons et passons au crible tous les magasins et boutiques pour trouver une bouilloire... Sans succès... Aucune mamie obligeante pour brandir l'ustensile tant convoité, à bout de bras...
Des rencontres et retrouvailles inattendues dans le port, notamment certains compagnons de navigation de la Mini-Transat, rentrant au bercail... comme nous.
"Esprit d'équipe", entre autres, revient d'un périple à Ushuaia...
Nous correspondons à distance avec plusieurs équipages amis effectuant de leur côté, la Grande Traversée, La Rochelle-Québec.
La flottille fait escale, de son côté, sur l'île de Sao Miguel, dans le port de Ponta Delgada...
C'est dommage, nous ne pourrons ménager une rencontre... Finalement, nous ne sommes pas si loin les uns des autres... 150 tous petits milles, nous séparent...
Mais le temps est compté... 
Les navires de la Grande Traversée repartent des Açores, vaillamment, le 23 mai vers le Canada. Avant de remonter dans l'Atlantique Nord, nos trajectoires vont se croiser... Peut-être apercevrons-nous dans le lointain, quelques coques, quelques voiles tendues vers le grand large, pour vivre cette fabuleuse aventure du voyage vers Québec. Nous ne ferons que les suivre par la pensée... Pensées émues...
Après La visite de Faial, nous décidons d'aller en duo, toujours en compagnie de Lady Jo., visiter l'île de Terceira. Celle-ci, peu lointaine, se situe dans le groupe central des îles açoriennes, sa plus proche voisine étant l'île de Sao Jorge. 
Nous larguons les amarres, vendredi, à 4 heures du matin pour la rejoindre dans la journée...

 
 

  

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Mercredi 21 mai 2008

Les 19, 20, 21 Mai 2008
Position : une île humide au coeur de l'Atlantique

En attendant la suite du récit de nos marins redevenus terriens le temps d'une escale réparatrice...
Quelques photographies inédites, dans un nouvel album, intitulé "Açores".



 

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Lundi 19 mai 2008

Les 17, 18 Mai 2008
Position : une île au milieu de l'Atlantique

Enfin, oui, c'est bien vrai... nous avons rallié la terre !! La terre ferme. Quel soulagement immense, après ces trépidations maritimes éprouvantes...
Blue Wave oscille tranquillement, en plein coeur de l'effervescence du port d'Horta, sur la charmante petite île de Faial.
Accostage attendue avec une impatience grandissante après un vendredi et une nuit ventée, agitée. Ce dernier soufflant avec vigueur de Nord-Nord-Ouest, entre 15, 20 noeuds et quelques pointes à 25... Nous avons effectué les derniers milles au moteur, en effet, nous étions déventés à cause de la présence des îles et de leurs pics volcaniques.
Nous décompressons, actuellement, dans ce trés bel archipel des Açores, perdu au milieu de l'Atlantique Nord. Ce groupe d'îles portugaises se situe en plein centre de l'Océan Atlantique à environ 760 milles de l'Europe. 
Cet archipel se trouve quasiment à la même latitude que Lisbonne : 39°43'/39°55'.
Certains y voient même les vestiges de l'Atlantide !
Cet archipel regroupe neuf îles d'origine volcanique, bénéficiant d'un climat océanique, trés humide.
Faial, notre île de prédilection, est considérée comme la pointe la plus extrême de l'Europe. Elle doit son nom à la présence de nombreux hêtres - faial en portugais. Mais elle est connue, également, sous le doux nom d'Ilha Azul, l'île bleue, en raison du foisonnement des hortensias, fleurissant en été.
Ce petit bout de terre représente un véritable concentré de toutes les formations volcaniques que l'on rencontre dans l'archipel.
Elle occupe une surface de 173 km2 et possède une forme pentagonale avec une longueur de 21 kms pour une largeur de 14 kms.
La Caldeira, le volcan maintenant éteint, à l'origine de l'île, domine le paysage de sa masse imposante. On y a, (on ira vérifier), une vue spectaculaire sur les îles voisines entre autres, Pico, située à 6 kms à l'est et Sao Jorge.
C'est en 1957 et 1958 qu'eurent lieu les terribles éruptions volcaniques du Volcao de Capelinhos. De cette catastrophe géologique, subsiste aujourd'hui, un paysage lunaire  composé de montagnes de cendres.
Au large de l'île, une vingtaine d'espèces de cétacés, dauphins, cachalots, baleines,  globicéphales habitent les eaux açoriennes...
Le port d'Horta figure une escale incontournable pour les marins, de tous les horizons, effectuant une traversée de l'Atlantique.
Ici, se côtoient, se mélangent, des bateaux, des équipages, des histoires étranges, fascinantes, toujours palpitantes...  
Sur la jetée, les dalles de béton sont couvertes d'un patchwork de peintures, de graffitis, reproduisant d'innombrables tranches de vie, des témoignages à la manière d'ex-voto peints.
Les dessins sont si nombreux qu'ils débordent du port vers la ville.
Les portugais possèdent un vrai sens de l'accueil et donnent à chacun des marins arrivant au port l'impression d'être le bienvenu...
Après les formalités d'usage...Dans le calme et la sérénité retrouvés, nous décompressons, tout en douceur...
En débutant la vie à terre... par une douche... "Le plaisir sans pareil", d'une eau chaude coulant sur nos corps endoloris, après 19 jours de mer, sans véritables ablutions... 
En poursuivant... par une sieste... "Le plaisir sans pareil" de plonger, dans le creux d'un sommeil insondable... sans la pression d'être réveillés en sursaut, poussés par l'urgence d'une manoeuvre en plein coeur d'une dépression...
En continuant... par un petit gueuleton... les équipets se vident... "Le plaisir sans pareil" d'acheter local... de manger sereinement sans avoir peur que tout bascule, emporté par un grand coup de roulis...
A ce sujet, un incident malheureux est à déplorer... Il y a cinq jours environ, en tendant à Jean-Marie, un bol de soupe bouillante, j'ai perdu l'équilibre, le bol a basculé sur les pieds de mon co-équipier. Le liquide brûlant s'est répandu sur ses chaussures. En voulant vérifier l'état des blessures, notre stupéfaction est à son comble quand on constate que de vilaines cloques se forment sur ses doigts de pied. Je me précipite dans les équipets où sont rangées les boîtes à pharmacie et en extrait celle portant la mention "brûlures".
Je m'empresse de passer crème, pommade et de protéger le tout par des compresses appropriées.
La cicatrisation s'opère doucement. Les déplacements restent malgré tout, douloureux...
A petits pas, donc, nous prenons possession des lieux... Peu après notre arrivée, nous sommes allés manger dans le mythique bar "Chez Peter" au Café Sport... Véritable institution depuis trois générations. Tous les marins du monde y faisant escale peuvent y changer de l'argent, poster du courrier, recevoir des messages, échanger au gré des  conversations.
Le lieu abrite de nombreuses cartes marines, une quantité impressionnante de souvenirs de voyage , des portraits de grands navigateurs. A l'étage, on peut y admirer une collection de dents de cachalots (scrimshaws) gravées et sculptées.
Au petit matin, dans la nuit du 17 mai, un bruit lancinant de moteur, trouble la quiétude ambiante... Un pressentiment... C'est Lady Jo. qui après son premier périple, rejoint la terre ferme à son tour...  Retrouvailles sur les pontons en plein coeur de l'obscurité. Nous sommes heureux de les savoir à bon port, positionnés face à nous, de l'autre côté du ponton... Eux aussi, manifestent un vif soulagement à l'idée d'être arrivés...
Ce matin, le réveil est vraiment dur... Courbatures, mal au dos... Il semble que cela soit dû au contre-coup de la fatigue accumulée. Nos corps sont perclus de douleurs lancinantes, insidieuses qui vont, en tout cas, nous l'espérons, diminuer dans les jours qui viennent... 
Cette nouvelle escale promet d'être active... Nous débutons, malgré les élancements, par un grand nettoyage intérieur et extérieur... Blue Wave en ressent un besoin urgent, flagrant...
Il faudra également consacrer du temps aux réparations, plus particulièrement à la réfection des vaches à eau... à la détection des fuites... à la remise en état de la porte de communication entre le carré et les sanitaires...
Plus tard, nous nous retrouvons tous chez Peter pour un sympathique apéro de retrouvailles sur terre, suivi d'un repas reconstituant, plein de chaleur... marqué par le récit et les souvenirs des dernières aventures survenues en mer...

 

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Samedi 17 mai 2008

Le 17 Mai 2008

Les marins sont arrivés à Horta, à 8 H UTC, ce matin...
Les détails et descriptifs de l'arrivée... ne sauraient tarder... 

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Jeudi 15 mai 2008

Les 13, 14 Mai 2008
Position à 17H30 UTC : 36.29 N ; 35.10 O. Cap 70 °.

La route se poursuit, accompagnée d'un coktail de vent et de pluie. Roulis perpétuel, épuisant, humidité constante qu'on soit à l'extérieur ou à l'intérieur. Rien ne sèche !!  
Malgré ces aléas, il faut bien l'avouer, propres à l'océan... nous faisons un bon cap, toujours en direction de l'île de Faial. Il reste 335 milles à courir devant l'étrave.
Le GPS prévoit une arrivée dans la nuit de vendredi à samedi.
Accosterons-nous dans le port, en plein coeur de l'obscurité ?... Nous verrons, l'heure à laquelle, nous apercevrons la terre.
Nous bénéficions, actuellement, d'un bon vent d'Ouest d'environ 15 noeuds. Et avançons à 5, 6 noeuds sous génois seul. Nous avons préféré enlever la Grand Voile pour éviter de rouler exagérément. En effet, nous sommes plein vent arrière.
Nous tirons de grands bords de largue de tribord à bâbord et venons juste de bénéficier de la bascule d'Ouest. Position idéale pour filer en direct sur Horta.
Mais, il est fort possible que l'on finisse au moteur jeudi et vendredi prochains, car la consultation attentive des fichiers météo, nous signale la disparition du vent sur notre route. L'élément rassurant est qu'aucune autre dépression n'est annoncée... Ouf !!...
Depuis le passage de cette deuxième dépression, perturbatrice, au point que le soleil n'est pas réapparu, le paysage hésite entre le gris métallisé, le vert sombre tirant sur le noir, le noir en fusion !!... L'ensemble dégage une impression d'abandon total, de morosité absolue...
Parmi les évènements survenus à bord, plusieurs frissons et véritables angoisses rétrospectives.  
Notre deuxième vache à eau (rappelons que la première a éclaté au début de la traversée) fuit abondamment. Pour finir, notre périple, il reste dans les soutes 24 bouteilles d'eau de source. Cela devrait suffire...
Le pain et la viande sous vide ne restent plus que de bons souvenirs.
Nous allons donc goûter aux charmes de la nourriture en conserve au moins jusqu'à samedi prochain.
Nous avons bien vécu, malgré tout, car nous avions prévu en quantité suffisante.
Mais, de nouvelles aventures malencontreuses ont créé un climat de tension extrême.
Vers 23 H, la nuit dernière, alors que Jean-Marie effectuait son quart, un choc sourd, mou, percute violemment le bateau, qui se couche sur le flanc, sous l'impact.
Nous avons tout de suite compris qu'il s'agissait d'une baleine. Cette immense créature devait dormir entre deux eaux, et n'a pas détecté notre présence... 
Immédiatement, nous avons pensé à un trou, une voie d'eau... Nous avons imaginé le pire, le safran brisé, arraché, réduits en morceaux...!!
Après un tour d'horizon attentif et de nombreuses vérifications, nous ne détectons aucune anomalie, ni dommage préjudiciable pour la suite du voyage. Rassurés, nous louons la solidité de ce vaillant Gladiateur...  
La même nuit, plus tard, alors que je veille sur le pont, vers 2 H du matin... Une vague énorme, puissante, surgie de nulle part, submerge le bateau avec une violence inouïe. Blue Wave se couche de nouveau sur le flanc...
Je suis projeté contre un des cagnards, dans ce terrible coup de gîte... Heureusement que mon harnais était bien crocheté... Je n'ai pas été projeté à l'extérieur du bateau. Toutefois, mon gilet gonflable automatique s'est déclenché et ouvert sous le déluge d'eau qui s'est abattu sur moi, tel un torrent glacial... je me suis retrouvé, dans une position douloureuse, comprimé par le gilet au point que j'avais l'impression d'étouffer...
Jean-Marie est arrivé à la rescousse et m'a sorti de ce mauvais pas.
Face à ce genre de situation, on a vraiment hâte d'arriver...
La fatigue pèse sur nos épaules. Nous dormons, par petites tranches de deux, trois heures durant la journée... Effectuons des quarts de quatre heures, la nuit... dont on a l'impression qu'ils s'éternisent... dans une attente monotone... monochrome, à l'identique de la couleur de l'océan...  
Nous savons déjà, qu'avant d'entreprendre la fin de notre périple... des travaux, réfections, remises en état seront à l'ordre du jour, sous le soleil d'Horta...
En attendant, de fouler le sol du pied, nous filons... bousculés par les lames... entraînés par les flots chaotiques...

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Mardi 13 mai 2008

Les 11, 12, 13 Mai 2008,
Position à 20H UTC : 34.56 N ; 39.54 O. Cap 70

Après les péripéties survenues récemment, nous n'avons pas eu le temps de souffler.  La deuxième dépression nous a rattrapés, traînant après elle, tout un cortège de gros nuages menaçants, crachant sur le bateau une bruine hostile et persistante. Le vent souffle de Sud-Sud-Ouest, entre 25 et 30 noeuds, soulevant une mer tourmentée, creuse, cruelle.
Nous escaladons les lames sans faillir, les unes après les autres.
La voilure est adaptée pour faire face à ce nouvel affront venu du ciel.
Il est prévu qu'il vire Ouest, dés demain matin, (le 13 mai).
Nous risquons de nous trouver confrontés à une baisse de vent dans les heures qui viennent. Cela veut-il dire que nous serons dans l'obligation de mettre le moteur ?
Pour l'instant, il est difficile de se prononcer. 
Nous nous situons dans un couloir avec d'un côté, à notre tribord, les hautes pressions des Açores, et de l'autre côté, à notre bâbord, les dépressions qui se suivent et se poursuivent inlassablement.
Nous surveillons la météo heure par heure afin que nous puissions suivre une trajectoire nous permettant de rester dans ce fameux couloir, mais à la lisière, à la limite des dépressions. 
Nous poursuivons à belle allure, et faisons route directe sur l'île de Faial, plus précisément, vers le port tant attendue, d'Horta.
Les vagues cinglent l'étrave. Nous ne sommes plus qu'à 584 milles de l'arrivée. 
Hier, (le 11 mai), la journée fut absolument magnifique et restera marquée dans les annales des beaux souvenirs de navigation. Nous avons carburé de 6 H le matin à minuit à 7 noeuds de moyenne. En observant le compteur à minuit, nous constatons que nous avons parcouru une distance de 150 milles. Si nous maintenons ce rythme, nous devrions de nouveau inscrire 150 milles dans notre journal de bord des Records, et ceci dans les prochaines heures.
Nous pensons atteindre Horta, vendredi en fin de soirée.  
Mon co-équipier, à force de se cogner, en s'occupant des manoeuvres, est couvert de bleus, perclus de douleurs et de contusions multiples. Le Cap'tain n'est guère en meilleure forme, puisque le mal au dos reste constant, les cervicales, endolories, tirent dans la nuque...
Le matériel souffre dans les ruades océaniques. La porte de séparation entre le carré et la cabine avant est sortie de son axe, et s'est cassée.
Les bruits se répercutent en écho, et sont comme amplifiés. On entend le matériel gémir, grincer, couiner.
L'humidité imprègne tout le bateau, les cristaux de sel scintillent au moindre rayon de soleil et s'accrochent sur toutes les parcelles de notre petit univers.
Lady Jo. poursuit son chemin derrière nous, sur une route située légèrement plus au Sud.  
  

par Joêl publié dans : Nouvelles du bateau
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Samedi 10 mai 2008

Les 8, 9, 10 Mai 2008,
Position à 18 H UTC : 32.56.581 N ; 45.29.065 W

La navigation, ces derniers jours, reste difficile, laborieuse. Comme prévu, nous avons essuyé la fameuse dépression, annoncée par les bulletins météo. Nous avons subi, de plein fouet ces assauts répétés de 5 H du matin à 15 H l'après-midi (le 8 mai).
Celle-ci que nous avions estimée sinon inconséquente, du moins juste un peu échevelée, s'est révélée plus impétueuse que prévu. Elle a croisé notre route et fondu sur nous de manière impitoyable.
Jacky, à bord de son Lady Jo. nous avait fait parvenir un mail quelques heures auparavant, en nous prévenant de nous méfier et de tout préparer à bord en prévision de cette offensive, en utilisant les termes suivants : "ça va barder ; la guerre va éclater". Voilà... Nous savions à quoi nous en tenir !!... Et l'attendions avec un pincement au coeur !
Nous avons pris, in extremis, trois ris dans la Grand Voile, installé la trinquette sur l'avant du bateau.
Le ciel s'est couvert de gros cumulus noirs, oppressants. Le temps change complètement de tournure.
  La dépression ne se fait pas attendre. Des rafales soufflant de 40 à 45 noeuds prennent Blue Wave d'assaut. La pluie se déchaîne sur le pont, s'emmêle avec les embruns dans des tourmentes de vent.
Au coeur de la dépression, impressionnés par la violence des éléments et pour restaurer une certaine stabilité à bord, nous finissons par affaler la Grand Voile afin de poursuivre notre route sous trinquette seule.
Vers 14 H, nous virons plein nord, avec la ferme intention de nous éloigner de ces bourrasques coléreuses, de cette furie ambiante et surtout épuisante, éprouvante...
La mer reste forte, le pilote automatique ne résiste pas à ce traîtement, il ne tient plus la cadence. Nous nous attelons donc au régime de quart et quart et barrons alternativement.
Il est quasiment impossible de trouver le sommeil au milieu de ce paysage irascible...Et, de s'alimenter correctement. Nous prenons du stilnox pour pouvoir plonger dans de petites plages de sommeil réparatrices. Léger somnifère possédant la vertu de nous assommer pour quelques petites heures et de pouvoir résister ensuite le temps du quart sur le pont... 
Nous avons retrouvé, plus loin, un espace épargné par les intempéries. Nous sortons de cette épreuve, vidés, exténués... Perclus de courbatures multiples. Comme assommés de fatigue...
Beaucoup de dépressions se suivent sur la route maritime que nous empruntons, pour ce retour. D'où la nécessité de se tenir informés de l'évolution de la météo, à intervalles réguliers. Nous interceptons les bulletins au moins deux fois par jour.
Le vent s'étant calmé, nous récupérons doucement. Le soleil, ce matin, fait une timide apparition, réchauffant nos muscles endoloris. 
Nous avons adopté un rythme de quart de
4 H environ. Jean-Marie reste à pied d'oeuvre de 20 H à minuit. Ensuite, c'est moi qui prends la relève jusqu'à 4 H du matin. Puis, je dors jusqu'à 6 H. Programme commun de petit déjeuner et on essaie d'adopter un rythme de 2 H au fur et à mesure du déroulement de la journée...
Belle progression et performance en vitesse. Les milles s'additionnent les uns aux autres. Actuellement, nous nous maintenons à 6 noeuds de moyenne. Et faisons route directement sur Horta en suivant le Cap 50 °. Il reste 886 milles à parcourir. Une arrivée probable, vendredi ou samedi prochain, sur la terre ferme !!  
En attendant de poser pied sur terre, nous ferraillons plein vent arrière. Position inconfortable, harassante !!
L'impression d'être seuls au monde, perdus au milieu de nulle part... Sur notre route, nous ne croisons aucun bateau, il n'y a pas âme qui vive depuis plusieurs jours. Lady Jo. progresse derrière nous, il se situe à environ 120 milles. Il suit la même route que la nôtre. Tout va bien à bord.
Demain, le 11 mai, une nouvelle dépression sévit au détour du chemin. Nous allons la croiser. Selon, nos estimations, elle serait moins virulente que la précédente... Un certain scepticisme, malgré tout... Il n'y a plus que quelques heures à attendre avant de la rencontrer. Ensuite, "normalement" le beau temps nous accompagnera jusqu'à Horta.
L'arrivée sera la bienvenue... attendue, espérée... pour récupérer ces esprits...
Et trouver, enfin, le repos... Après ces nombreuses agitations, turbulences en continu !!
La mer est tellement agitée que le bruit autour de nous paraît effrayant. Les vagues cognent et culbutent en permanence sur la coque et sur le pont. Nous allons reprendre des ris dans la Grand-Voile pour cette nuit... Essayer de trouver le sommeil... Pour l'instant, nous sommes accompagnés par un soleil pimpant, revigorant... Il faut se couvrir la nuit de chaudes polaires... Le contraste est vraiment saisissant  avec la chaleur que nous avons connue aux Antilles... 

 
par Joêl publié dans : Nouvelles du bateau
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Vendredi 9 mai 2008

Les 6, 7 Mai 2008,
Position à 19H10 UTC : 28.44.339 N ; 10.151 W

Depuis 5 heures ce matin, nous avançons au rythme d'un tempo soutenu, toutes voiles dehors, poussés par un vent de Sud, dans une mer chaotique. Contrairement à la journée précédente (le 6) où nous avons dû organiser en permanence une alternance moteur, voiles.... Voiles, moteur...Monotone et répétitive...
Nous patientons et attendons la dépression annoncée. Elle devrait arriver en fin de matinée, demain (le 8), souffler autour de 25 à 30 noeuds, selon les informations communiquées par un voilier, rencontré sur la zone, et s'affaiblir ensuite dans la soirée.
C'est imminent, nous allons dépasser les 30° de latitude dés demain. Une fois ce cap franchi, nous serons en ligne directe vers les Açores et bénéficierons pour poursuivre notre parcours, d'un vent portant, soufflant de Ouest-Nord-Ouest, à 20, 25 noeuds. Les milles vont s'accélérer au compteur... Nous prévoyons des avancées de 150 milles par jour, minimum...
Depuis notre départ, nous avons parcouru 976 milles, il reste environ 1265 milles avant d'atteindre notre but. (Faites vos calculs !)... Nous sommes à peine à mi-parcours.
Nous surveillons de près les communications Iridium.
 Nous l'utilisons beaucoup, afin de recevoir les différents bulletins météo, et assurer la vacation avec l'équipage de Lady Jo. Ceux-ci font route plus au nord.
Peut-être, des changements en perspective pour réceptionner la météo. Le mousse terrien a rencontré le directeur de la Transat La Rochelle-Québec. A l'issue d'une discussion au sujet des conditions de navigation du retour, ce dernier se propose de faire parvenir directement les bulletins sur Blue-Wave. Proposition vraiment opportune. Ce mode de fonctionnement permettra de réaliser des économies d'unités sur l'Iridium et garantira parallèlement la réception de bulletins fiables. 
 Actuellement, nous sommes trois voiliers à bourlinguer sur la zone. Tous sont partis de l'île de Saint-martin, à des dates plus ou moins identiques et rejoignent la métropole. Discussions sur VHF.
Ce matin, spectacle insolite, plusieurs souffles de baleines, autour du bateau. Des ombres louvoient. Une mer agitée de soubresauts... Mais, nous ne pouvons prendre de photos, nous sommes encore trop loin !!
Le bateau poursuit sa sarabande infernale. Il bouge, roule, tangue, se balance violemment au milieu des lames...
Au milieu de ces mouvements de balancier permament, nous organisons notre progression en peaufinant les manoeuvres. Nous allons prendre un deuxième ris dans la Grand-Voile, installé un foc de route, avant d'affronter l'obscurité de la nuit qui commence à tomber. 

  
par Joêl publié dans : Nouvelles du bateau
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Mardi 6 mai 2008

Les 1er, 2, 3, 4, 5 mai 2008,
Position le 5 mai à 20H20 UTC : 26.44.565 N ; 54.55.409 W

Eh, bien oui, cette fois-ci, c'est parti pour de bon... Le grand air, les embruns s'envolant en saccades autour de la coque, le prés serré, avec la toile tendue à fond.
L'étrave fend la vague et rebondit en craquant. Depuis le 2 mai, un bon vent soufflant de Nord-Est à 15, 20 noeuds optimise notre progression. Au matin, il s'oriente au nord. Le bateau face au flot crapahute, vent dans le nez. Rebondissant en permanence, secoué, malmené... Une des vaches à eau (bâbord) explose dans un choc. Les 150 litres, en stock, prévus pour le voyage se répandent dans le puisard et sous les planchers. Une certaine frayeur, au départ !! En effet, quand on voit une eau suspecte affleurer au niveau des planchers... Une seule pensée jaillit.... Ca y est, une voie d'eau dans la coque... Après avoir goûté à celle-ci et vérifié qu'elle n'était pas salée, nous effectuons un tour d'inspection minutieux, constatons rapidement d'où vient le problème. Ennuyeux, certes, mais loin d'être catastrophique... Pour ce qui est des réserves d'eau douce, les équipets sont chargées en eau de source et nous avons de quoi tenir jusqu'aux Açores, en opérant quelques restrictions !!
L'autre vache tribord, pour l'instant tient bon. 
Un frisson rétrospectif, tout de même, quand nous avons découvert que l'eau montait insidieusement, sans savoir d'où elle venait...!!
Le vent reste instable, change de direction en permanence. Ce retour ne ressemble en rien à ce que nous avons connu à l'aller, vers le Brésil. Depuis notre départ, nous fonctionnons beaucoup au moteur. Avec Lady Jo., nous commençons à nous poser des questions. Une certaine inquiétude pointe à la perspective de puiser trop largement dans nos réserves de gasoil respectives. 
Comme s'il nous avait entendu, le vent se lève de nouveau. La mer, trés agitée, rend notre allure inconfortable. Quelques cargos croisent notre route. D'où la nécessité de maintenir sa vigilance, nuit et jour... L'activ'echo remplit son rôle et fonctionne parfaitement, d'autant mieux, depuis que nous l'avons rehaussé au niveau du balcon arrière. Nous comptons surtout sur lui, depuis que le radar donne de sérieux signes de faiblesse. Encore un poste technique qu'il faudra faire réviser en revenant au port d'attache. Là-bas, vers la lointaine... La Rochelle....
 Au milieu de cette alternance, de calme intermittent, d'océan pertubé, nous nous organisons de petits gueuletons. Nos repas restent équilibrés. L'ambiance animée...
Le vent s'éloigne de nouveau... Le bateau se retrouve encalminé, une fois de plus, au milieu d'un immense désert liquide. Personne autour de nous !! Pas âme qui vive... Minuscule entité, balancée, ballotée par une houle paresseuse, Blue Wave, roule doucement. Nous faisons le plein de gasoil pour la deuxième fois depuis le départ et remettons le moteur en route. 
Nous consultons les fichiers Grib sur l'Iridium. Nous devrions raccrocher du souffle vers le 8, 9 mai. Une dépression annoncée va pousser le bateau, dans la bonne direction, et va ainsi, permettre de se rapprocher de l'archipel des Açores.  
L'éloignement des Antilles se fait sentir. Dans la journée, le soleil réchauffe l'atmosphère. La chaleur reste agréable. A l'opposé, les nuits, vraiment fraîches, obligent à se couvrir. Nous enfilons, polaires, vestes de quart.
Nous avons déjà parcouru une distance d'environ 675 milles depuis notre envolée de l'île de Saint-Martin. Il reste 1400 milles à courir devant l'étrave avant d'atteindre cet autre archipel, perdu au milieu de l'océan.
Un rythme de quart s'organise progressivement.
Tiens, le vent va passer au Sud-Est au moment où la nuit tombe. Faible, certes... mais  bien présent...
Peut-être, allons-nous installer les voiles... Et surtout, éteindre ce satané moteur dont les soubresauts et les fracas martèlent les tympans et empêchent de trouver un repos complet...    


 
par Joêl publié dans : Nouvelles du bateau
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